Revenir en haut de page

Pelléas & Mélisande Debussy Opéra

Partager par mail
<?t('partager_facebook')?> <?t('partager_twitter')?>

Présentation

Distribution

CRÉÉ À l’Opéra comique, le 30 avril 1902
SPECTACLE EN FRANÇAIS 
SURTITRÉ EN FRANÇAIS
ENSEMBLE ASSOCIÉ

MUSIQUE Claude Debussy
LIVRET Maurice Maeterlinck

DIRECTION MUSICALE Nicolas Krüger
ORCHESTRE DIJON BOURGOGNE
CHŒUR DE L’OPÉRA DE DIJON
CHEF DE CHANT Nicolas Chesneau

MISE EN SCÈNE Éric Ruf
REPRISE DE LA MISE EN SCÈNE Julien Fišera
ASSISTANAT À LA MISE EN SCÈNE Maxime Contrepois
DÉCORS Éric Ruf
COSTUMES Christian Lacroix
LUMIÈRES Bertrand Couderc 
ASSISTANAT AUX DÉCORS Julie Camus
ASSISTANAT AUX LUMIÈRES Julien Chatenet

 

MÉLISANDE Siobhan Stagg
PELLÉAS Guillaume Andrieux
GOLAUD Laurent Alvaro
ARKEL Vincent le Texier
YNIOLD Sara Gouzy 
GENEVIÈVE Yael Raanan Vandor
LE MÉDECIN, LE BERGER Rafael Galaz 


FIGURANTES Ruth Nüesch, Sarah Camus, Léa Picot

Opéra de Dijon
Opéra de Rouen
Théâtre des Champs-Élysées
Théâtre du Capitole de Toulouse
Stadttheater Klagenfurt

ACTE I
Dans une forêt.
Le prince Golaud, petit-fils d’Arkel le vieux roi d’Allemonde, chasse dans une forêt alors qu’il est en voyage dans un royaume étranger. Egaré par la fuite d’un sanglier qu’il ne parvient pas à rejoindre, il découvre une jeune fille en pleurs auprès d’une fontaine. D’abord effrayée par son arrivée, elle se rassure peu à peu, mais ne répond à ses questions que par allusions obscures et évitements, ne donnant que son nom : Mélisande. Le froid et la nuit arrivant, elle accepte de suivre Golaud, lui aussi perdu.

Un appartement dans le château d’Allemonde.
Geneviève, mère de Pelléas et Golaud, lit au roi Arkel presque aveugle la lettre envoyée par Golaud à son demi-frère Pelléas. Il y annonce sa rencontre et son mariage avec Mélisande, ainsi que son prochain retour au château. Si Arkel devait accepter ce mariage fait sans son consentement, Pelléas n’aura qu’à faire allumer une lampe au sommet d’une tour du château. Golaud se présentera alors au château. Dans le cas contraire, il continuera sa route. Après s’être étonné avec bienveillance du comportement de son petit-fils, Arkel donne son consentement. Quant Pelléas vient lui annoncer son départ pour une dernière visite à son ami Marcellus mourant, Arkel lui enjoint de rester au château pour veiller sur son propre père, lui-même malade.

Devant le château.
A la tombée du jour, Geneviève accompagne Mélisande pour un tour dans les jardins. Arrive Pelléas qui rencontre ainsi pour la première fois sa belle-sœur. Ensemble, ils regardent repartir le bateau qui a amené Golaud et Mélisande, tandis qu’une tempête s’annonce sur la mer. Au moment de rentrer au château, l’annonce du départ possible de Pelléas le lendemain attriste visiblement Mélisande.

ACTE II
Une fontaine dans le parc, vers midi.
Pelléas a entrainé Mélisande à travers le parc vers une fontaine qui jadis rendait la vue aux aveugles. Alors que Mélisande se penche vers l’eau, ses cheveux se dénouent et plongent dans la fontaine. Un échange plus intime commence entre elle et Pelléas, qui l’interroge sur sa rencontre avec Golaud. Mélisande se met à jouer avec son alliance, qui à midi exactement tombe dans les profondeurs inaccessibles du bassin.

Un appartement dans le château.
Mélisande soigne Golaud qui, à midi exactement, est tombé de cheval. Mélisande éclate soudain en sanglots : elle ne se trouve pas heureuse dans ce château. Alors que Golaud lui prend les mains pour tenter de la consoler et de la raisonner, il remarque l’absence de leur alliance au doigt de sa femme et s’emporte rapidement. Confuse, Mélisande lui ment et lui répond qu’elle a perdu la bague dans une grotte au bord de la mer où elle était partie chercher des coquillages pour Yniold, fils d’un premier lit de Golaud. Ce dernier exige qu’elle aille aussitôt à sa recherche, au besoin avec Pelléas. 

Devant une grotte.
Pelléas accompagne Mélisande dans la grotte où ils savent l’un et l’autre qu’ils ne trouveront pas la bague. Il importe cependant que Mélisande puisse la décrire à Golaud s’il la questionne. Ils aperçoivent alors trois vieux pauvres endormis qui s’y sont réfugiés, peut-être pour fuir la famine qui sévit dans le pays. Pelléas et Mélisande effrayée s’en retournent.

ACTE III
Une des tours du château.
Un chemin de ronde passe sous l’une des fenêtres. La nuit tombe.
Mélisande est à la fenêtre, peignant ses cheveux dénoués et chantant une comptine. Pelléas arrive par le chemin de ronde et demande à lui baiser la main avant son départ. Alors que Mélisande se penche à la fenêtre, ses longs cheveux tombent en cascade et inondent le jeune homme. Pris d’ivresse amoureuse, ce dernier commence à les nouer autour des branches d’un saule. Un bruit de pas les surprend, et tandis que Pélléas tente de dénouer les cheveux, Golaud arrive et les prie de cesser ces enfantillages.

Les souterrains du château.
Golaud entraîne Pelléas dans les souterrains humides et étouffants du château. Il l’emmène auprès d’une eau stagnante et l’invite à plonger son regard dans ses profondeurs obscures où Pelléas manque de tomber.

Une terrasse au sortir des souterrains.
Enfin de retour à l’air libre, Pelléas exalte son sentiment de libération et de retour à la lumière, tandis que Golaud le met en garde sur son attitude avec Mélisande et l’invite à plus de distance, d’autant qu’elle est peut-être enceinte.

Devant le château.
Au pied des fenêtres de la chambre de Mélisande, Golaud passe un moment avec son fils Yniold. Ce dernier passant beaucoup de temps avec Pelléas et Mélisande, il entreprend de lui soutirer insidieusement des informations sur la façon dont ils se comportent l’un vis-à-vis de l’autre. Trop évasives ou incohérentes, les réponses de l’enfant ne lui apprennent rien. De la lumière apparaissant à la fenêtre de Mélisande, il décide de faire monter l’enfant sur ses épaules pour lui faire observer et décrire ce qu’il voit. L’enfant dit apercevoir Pelléas et Mélisande qui «  ne font rien  » et «  ne ferment jamais les yeux », ce qui l’effraye terriblement. Yniold demande à descendre, son père insiste jusqu’à lui faire mal. L’enfant et son père quittent les lieux, sans que ce dernier n’ait toujours rien appris.

ACTE IV
Un appartement dans le château.
Pelléas croise Mélisande et lui apprend que son père est convalescent. Retrouvant son fils et encore dans les brumes de la maladie, ce dernier l’a invité à voyager, ce que sous une impulsion soudaine Pelléas s ‘apprête à faire. Il donne rendez-vous à Mélisande pour le soir même auprès de la fontaine des aveugles, pour un adieu. Il sort. 
Entre Arkel, qui se réjouit lui aussi de la bonne nouvelle de voir le père de Pelléas se trouver mieux, ce qui annonce un véritable renouveau et le retour de la joie dans le château. Il espère ainsi que Mélisande, dont il a vu la souffrance, se trouvera elle-aussi plus heureuse. Golaud arrive à son tour, en proie à la jalousie la plus furieuse. Il s’en prend avec violence à Mélisande, la forçant à se mettre à genoux et la traînant par les cheveux. Lorsque Arkel le somme de cesser, il reprend un calme plein de menaces et sort.

Une fontaine dans le parc.
Alors qu’il joue à essayer de soulever une pierre, Yniold voit passer un troupeau de moutons entièrement muets. A sa question sur leur silence, le berger répond « que ce n’est pas le chemin de l’étable. » La nuit tombant, Yniold part rapidement.
Pelléas arrive, en proie aux sentiments amoureux les plus extrêmes et les plus confus, la crainte de quitter Mélisande et le besoin de partir pour éviter un drame tiraillant son âme. Mélisande arrive et tous deux, dans un murmure, s’avouent leur amour. Au moment où les portes du château se ferment avec un bruit sourd, ils comprennent qu’il n’est plus possible de faire machine arrière et s’embrassent passionnément. Golaud surgit, frappe Pelléas de son épée et poursuit Mélisande qui s’enfuit.

ACTE V
Une chambre dans le château.
Arkel, Golaud et le médecin sont au chevet de Mélisande qui vient d’accoucher. Petri de remord, Golaud, voyant Mélisande sortir de son inconscience, demande à la voir seul à seul. Il tente alors de lui soutirer la vérité : Pelléas et elle ont-ils été coupables ? Mais, apparement inconsciente des récents évènements, Mélisande répond sans vraiment comprendre la question et s’abime peu à peu dans une torpeur balbutiante, laissant Golaud à un doute éternel. On présente alors à Mélisande sa fille, dont elle prend pitié, avant de se rendormir d’un sommeil agité qui est en réalité son agonie. Sur les derniers mots apaisants d’Arkel, elle meurt ainsi, doucement et en silence. 

Le temps à marée basse

Pour interpréter cette pièce, j’ai l’intuition première qu’il faut avant tout consentir à la lenteur, jouer comme L’homme penché de Giacometti, lentement mais avec ténacité et opiniâtreté. C’est très concret, je crois, très incarné aussi mais dans une pulsation lente, dans un rythme ralenti, dans une vieillesse précoce. Je ne sais pas ce qu’est le symbolisme mais il me semble que rien en-dehors de l’histoire, de la stylistique, ne doit être ici « symbolique ».
 

Le paradoxe doit exister en des matières rudes, rêches, mouillées, très concrètes. La nature dont l’œuvre témoigne à tous moments, dans laquelle elle baigne littéralement, doit être omniprésente et « joue », se reconfigure autour des personnages, les entoure, les heurte, les découpe. La lumière tourne autour d’eux et passe comme des grains bretons. Il y a un « malgré soi », on ne règne sur rien dans ce royaume, on s’habitue, on s’accoutume, on se fait discret. Peuple blanchi qu’on découvre en soulevant un galet sur la grève. Peaux translucides. Les pauvres venant mourir contre les murs, les pieds dans l’eau, à l’image des Bourgeois de Calais épuisés.

Comme en tragédie, il ne faut lors des répétitions faire l’économie d’aucune question, d’aucun mouvement, d’aucune recherche pour finalement accepter une immobilité du corps dans lequel restent pourtant inscrits tous les mouvements de l’âme, la contraction des sentiments et les effleurements du cœur. Les répétitions sont là pour épuiser toute psychologie, tout volontarisme et aboutir à la simple et belle réalité des situations. C’est un théâtre de stupéfaction et d’enfance où les personnages représentent un mystère mais avant tout pour eux-mêmes ; lente maïeutique faite de silences rentrés et de phrases elliptiques. Le corps du chanteur ou de l’acteur doit « parler » quand le texte fait défaut. Corps enfiévré, esprit lentement revenu des limbes d’un sommeil lourd, la difficulté est la même pour les interprètes, il faut densifier chaque parole, chaque pas, chaque geste et les rendre rares. Ce monde n’existe pas et pourtant il faut en définir tous les rites et les rythmes afin qu’il se constitue.

Si je devais choisir un décor naturel et rêvé, ce serait la base de sous-marin de Lorient. Architecture gigantesque découpée en alvéoles, humidité constante, ergonomie étrange dont l’objet premier est oublié et peu compréhensible, jeux de lumière et d’eau en ricochet, ombres permanentes, béton non lissé. Rugosité générale. Je m’en suis beaucoup inspiré pour la scénographie.
Il y a donc de l’eau. Une mare. On pourra y soupçonner une profondeur.

Eau à travers laquelle on finira par marcher comme sur le lac de Tibériade. Elle représentera toutes les fontaines, mares, sources, grottes marines et rivages qui se succèdent dans le livret. L’Eau ou l’élément central autour duquel tout s’organise et finit par se rejoindre comme en un point de fixation et d’obnubilation liquide. Seule surface lisse et réverbérante, miroir inversé du monde, appel incessant à la chute, à la noyade comme celle d’un puits.

Toutefois, deux éléments seront mouvants pour créer les différents espaces décrits dans le livret, donnant l’impression que les protagonistes ne bougent jamais, le monde s’organisant, s’échouant autour d’eux. Des filets suspendus au-dessus de l’eau – comme ceux de la pêche au carrelet – créant un ciel de plomb en position haute, des sortes d’arbres en position intermédiaire et qui peuvent aller jusqu’à s’échouer dans l’eau. Forêt touffue et difficilement franchissable au début, qui gouttera longtemps dans le bassin avant de repartir vers le haut. Pluie circonscrite donc, grain passager, puis goutte à goutte de stalactite.

Une sorte de conque en demi-cercle comme l’intérieur d’un silo ou d’un réacteur de centrale et qui vient épouser l’arrondi de l’eau. Béton, passerelles, caillebotis métalliques, portes de sas donnant sur des couloirs arrondis à peine entrevus et dorés comme à la feuille. Le royaume imaginaire d’Allemonde est là, caché, entraperçu, à peine découvert. Le tout est imposant, haut, incurvé vers le public et laisse supposer que le niveau de l’eau n’a pas toujours été tel et que les mortes eaux règnent sur ce royaume.

J’aime l’idée d’une marée basse suspendue à son niveau le plus bas, à ces mortes eaux, comme un poumon exténué. J’aime cette impression double des paysages bretons, des petits ports si jolis à marée haute, si cadrés et si bordés mais qui se révèlent tellement angoissants à marée basse, l’eau retirée laissant voir le soubassement des amers, des môles, les aussières gorgées et abandonnées, les algues repues et croupies et l’odeur du remugle marin.
Ce royaume serait envasé, à marée basse. Donc, couleur noire partout, ou vert algueux. Eau noire, sol vaseux et noir, parois de béton suintantes d’humidité et de noires moisissures, filet noirs, tulles environnants – pendrillons – noirs également.

L’été n’est pas là encore et on croirait ce royaume condamné à la nuit éternelle. Les uns et les autres devenant aveugles comme des poissons de profondeur.
La conque et les filets, plus un rideau de tulle, offriraient – du lointain à la face et du plateau au cintre – d’infinies variations d’espaces, intérieurs et extérieurs, landes et vasières. Changements à vue, lents et en musique, les personnages restant en scène et l’espace s’organisant autour d’eux et malgré eux comme une météorologie sans cesse changeante, l’horizon fuyant et se recomposant sans cesse. Il y a dans l’ouvrage le versant marin et le versant sylvestre. Je ne montre que le versant marin, cette dualité étant trop dure à faire coexister.
L’arbre sera les frondaisons de filets, les branches des saules les échelons d’une échelle de coupée, et les moutons une armada de petits bateaux en papier poussés par la goberge d’un enfant hésitant. On évoque la nature, on la convoque mais elle n’est pas là, brûlée depuis longtemps par les sels marins. Souvenirs seulement.
La lumière sera omniprésente ou omniabsente, selon. Ombres portées, jour déclinant, puits de lumière, lointains brumeux de tulles. Elle serait mouvante ou laisserait passer les éléments au travers de ses rais.

Pour les costumes, pas de Moyen-Age et d’épée. Si les éléments de construction sont modernes – béton, métal – le tout est pourtant suffisamment noirci, englué pour permettre les anachronismes. C’est un royaume marin, c’est important, mais d’une dynastie épuisée. Il y a quelque chose de déchu, de mélangé peut-être. Vieux amiraux napoléoniens... Brandebourgs de vieilles armées. Corsaires. Bottes, cuissardes, guêtres, pulls, vareuses, grands châles/ couvertures, grands manteaux... Un côté pêcheur irlandais et la rectitude, la longueur des manteaux, souvenirs de parade et l’aspect domestique, pratique de certains éléments (pulls, casquettes, etc... la famille royale dans ses terres écossaises de Balmoral).

Des hommes barbus et chevelus, j’aime assez cette idée d’un royaume où le cheveu est d’importance, où l’on porte sur sa tête sa richesse. Outre le fait que barbes et longueurs peuvent chez les hommes donner l’impression d’un relâchement, d’une immense fatigue, d’un oubli – et que l’on peut, par les couleurs et les textures des poils et cheveux, déterminer les âges plus facilement –, cette « mode » insulaire justifierait la fascination qu’ont les hommes pour Mélisande. On aime le cheveu dans ce Finistère et celle dont la coiffure est folle en est la reine attendue et naturelle.

J’aime aussi l’or qui resterait de vieilles gloires (un peu comme les découvertes des portes et fenêtres de la conque à la Klimt – brillances et fleurs en or). Les ors académiques sur le manteau à-demi enfilé d’un autre. Les cols en astrakan, les capuches en fortes toiles ou grosse laine... Peut-être est-il possible de mélanger, de s’inspirer des deux univers : vieux ors et vieux pêcheurs.



Eric Ruf
Metteur en scène

Médias

Interview de Nicolas Krüger (direction musicale), Pelléas & Mélisande à l’Opéra de Dijon

Interview de Guillaume Andrieux, Pelléas dans Pelléas & Mélisande à l’Opéra de Dijon

Interview de Siobhan Stagg, Mélisande dans Pelléas & Mélisande à l’Opéra de Dijon

Interview de Laurent Alvaro, Golaud dans Pelléas & Mélisande à l’Opéra de Dijon

Photos du spectacle

Crédit photos : © Gilles Abegg - Opéra de Dijon